Armand
GUILLAUMIN

(1841 - 1927)

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Les Roches rouges, pointe de la Male Raigue, avril 1899

Huile sur toile, signée en bas à droite.
74 x 93 cm

Provenance :
Probablement collection Georges Feydeau jusqu’en 1901
(un tableau portant le même titre et de mêmes dimensions est décrit, mais non reproduit, dans le catalogue de la vente des tableaux modernes de la collection Feydeau, Drouot, 11 février 1901, n°51)
Collection Pierre Decourcelle
Vente des tableaux modernes de la collection Pierre Decourcelle, Drouot, Paris, 16 juin 1926, n°de 40
Collection particulière, France, depuis 1994
Vente Sotheby's, Paris, 24.03.2017, n° 51
Collection particulière, France

Attestation d'inclusion dans le second volume du catalogue raisonné Armand Guillaumin actuellement en préparation par le Comité Guillaumin (Stéphane Chardeau-Botteri, Dominique Fabiani, Jacques de la Béraudière).


Armand Guillaumin est bien de la génération des impressionnistes. Né en 1841, à une année d’écart seulement de Monet et deux de Sisley, il partage également l’année de naissance de Renoir.
À l’Académie Suisse, où il suit des cours du soir, il fait sa connaissance, ainsi que celle de Pissarro, un peu plus âgé qu’eux. C’est de ce dernier qu’on le rapproche plus volontiers, considérant que leur vision du paysage présente des caractéristiques communes. 
S’il peint avec ferveur depuis toujours, Guillaumin a toutefois été contraint, pendant une grande partie de sa vie, d’occuper des emplois subalternes, et ce n’est que tardivement — à la faveur, semble-t-il, d’un gain conséquent à la loterie — qu’il put enfin se consacrer pleinement à la peinture.
La galerie Bernheim lui consacre une exposition en 1906, suivie de celle de la galerie Rosenberg deux ans plus tard.

À Agay, où il peint régulièrement depuis 1895, c’est la violence des contrastes qui le saisit. Ce vieux massif de l’Estérel, amas volcanique de l’ère primaire, tient sa couleur peu commune de la rhyolite amarante, la roche qui le constitue, très riche en phénocristaux.
La perception des roches plongeant dans la mer est ainsi très différente selon les conditions atmosphériques et les heures de la journée. D’un rose orangé, variable en intensité depuis le point du jour, elles rougeoient fiévreusement lorsque tombe le soir.
C’est évidemment l’instant favori des peintres et, plus tard, des photographes, saisissant l’intensité du contraste irréel entre l’orange vif qui émerge et le bleu outremer des eaux de la Méditerranée.
Des tableaux aux tons violents et saturés, représentant l’Estérel, ont pu faire apparaître Guillaumin comme un familier des Fauves. Pour autant, à Agay, les artistes ne peignent que ce qu’ils voient. Les roches flamboient véritablement sur la mer, et, tout comme chez Valtat, sensiblement à la même époque, la palette de Guillaumin s’en fait le reflet fidèle. En réalité, sa démarche demeure fondamentalement impressionniste, sensible aux effets du changement atmosphérique sur le paysage. Au dos du châssis de notre toile, l’artiste a consigné : « La Pointe de la male raigue avril 99 le matin ».
Entre Agay et Saint-Raphaël, cet amas rocheux situé dans une crique du cap du Dramont est aujourd’hui plus communément désigné sous le nom de Mare Règue.

Notre tableau, qui appartint au collectionneur Pierre Decourcelle jusqu’au milieu des années 1920, a probablement été auparavant la propriété de Georges Feydeau. La description d’une œuvre du même format et portant ce titre figure dans le catalogue de la vente de ses collections de tableaux modernes en 1901, sous le n° 51 : « Agressive, hérissée d’angles, la roche pointe au-dessus des flots. Quelques herbes rares au premier plan. Et, jusqu’à l’horizon illimité, la mer, d’un vert profond, amorti au lointain jusqu’au bleu tendre du ciel strié de minces nuées laiteuses. » En l’absence de reproduction, il est toutefois difficile d’en attester l’identification avec une certitude absolue.

S’il a parfois été vu comme un précurseur du fauvisme, Guillaumin est probablement, au minimum, le plus coloriste des impressionnistes, préférant en cela la leçon de Cézanne à celle de Degas. C’est sans doute aussi le plus moderne d’entre eux, osant non seulement la couleur, mais également des cadrages audacieux.
En revanche, Guillaumin ne fut pas le plus connu de sa génération. Aujourd’hui encore, sa reconnaissance demeure timide. Depuis sa mort, il lui a été rendu peu de justice. Les institutions muséales ne se sont guère attachées à sa redécouverte, l’artiste étant le plus souvent cité à propos dans des manifestations de groupe. Les expositions monographiques qui lui ont été consacrées relèvent principalement d’initiatives privées, comme celle organisée à la galerie Gérard en 1941, ou plus récemment à la galerie Lévy, au début des années 2000.

Par l’audace de sa palette, la modernité de ses cadrages et sa fidélité aux principes de l’impressionnisme, Armand Guillaumin apparaît aujourd’hui comme l’une des figures les plus singulières — et paradoxalement les plus méconnues — de ce mouvement fondateur de la peinture moderne.