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Les travaux de la place de la Concorde à Paris, circa 1925

Trois huiles sur toile formant triptyque, signé en bas à gauche du panneau central, dimension totale 67 x 160 cm (67 x 32 cm, 67 x 98 cm, 67 x 30 cm).
67 x 160 cm

Oeuvre en rapport :
L’oeuvre que nous présentons est l’étude d’un des triptyques du grand décor La France laborieuse se présentant devant le Conseil d’État, Salle des assemblées générales, Conseil d’Etat, Paris.

Provenance :
Succession Cyrille Martin

Avis d’inclusion dans les archives destinées à l’élaboration du catalogue raisonné d’Henri Martin en préparation par Marie-Anne Destrebecq Martin.

 

« La France laborieuse se présentant devant le Conseil d’Etat » est le titre formel de l’ensemble décoratif auquel se rapporte l’oeuvre que nous présentons. Conservé dans l’atelier de l’artiste, ce triptyque constitue l’étude d’une partie du programme imaginé par Henri Martin pour le Conseil d’Etat, la plus haute juridiction administrative française, qui occupe l’une des ailes du Palais Royal à Paris.

Le ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts avait, dès 1914, commandé à l’artiste un grand cycle destiné à habiller la salle d’assemblée générale. Le programme décoratif, répondant aux exigences architecturales de la salle, est constitué de quatre triptyques où le panneau principal est flanqué de deux volets plus étroits. Douze tableaux ont ainsi été imaginés par l’artiste pour dialoguer dans cette salle éminemment représentative et figurer, face aux Conseillers d’Etat, qui siègent et délibèrent, la France au travail.

Sur l’un des côtés, le port de Marseille et sa fourmillante activité incarne le commerce et les échanges extérieurs tandis que lui font face les ouvriers agricoles, hommes et femmes ployés, occupés à travailler la terre nourricière.
En tête de la salle, derrière le présidium, le travail intellectuel se distingue par sa sobriété. Un homme solitaire, âgé, barbu, chemine dans un bois de pins, concentré sur ses pensées, image même des décisions qui se jouent dans cette salle.
Enfin, le dernier triptyque, qui occupe le fond de la salle, constitue la version finale du tableau que nous présentons.

Après le labeur agricole, l’activité commerciale et le travail intellectuel, restait à évoquer le milieu urbain. La capitale et ses grands chantiers publics des reconstructions de l’après-guerre vont en fournir le motif. Sur la place de la Concorde, les ouvriers s’affairent. À l’été 1921, la photographie de presse se fait l’écho d’un chantier qui bat son plein. Il s’agit de refaire le pavement de la place, abîmé par les années de conflit et que de plus en plus de véhicules fréquentent. Henri Martin a probablement longtemps observé les ouvriers au travail et, comme pour chaque grande composition, il en a d’abord minutieusement agencé le décor et croqué tous les figurants, étudiant les positions, les attitudes des travailleurs à leur tâche par un trait de crayon assuré, appuyant jusqu’aux outils tel ou tel détail.

Henri Martin n’en est pas à son premier grand décor et lorsqu’il aborde cette commande destinée au Conseil d’Etat, il jouit déjà d’une expérience certaine dans le domaine.
Hôtel de Ville de Paris, de Tours, Capitole de Toulouse, Sorbonne, Mairie du Xème arrondisse- ment, Palais de l’Elysée... l’artiste est devenu un interprète privilégié auprès des pouvoirs publics. Tout en continuant la peinture de chevalet, il mène une brillante carrière de peintre mural (bien qu’il n’a jamais réalisé de fresque mais des panneaux décoratifs, autonomes de leur support, il est important de le préciser ici).

Si cette commande date d’avant-guerre, ce n’est que bien plus tard, au milieu des années 1920, que les tableaux d’Henri Martin seront enfin enchâssés dans les boiseries, remplaçant une tenture rouge et or que l’on trouva sans doute un peu trop silencieuse en ce lieu.
En 1926, le triptyque des Travaux de la place de la Concorde est présenté au public à l’occasion du Salon avant de rejoindre définitivement sa prestigieuse destination où l’on peut toujours l’admirer dans cette salle où, de quelque côté que l’on se tourne, Henri Martin accompagne la réflexion du Conseil.