Kees
Van Dongen

(1877 - 1968)

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Le grand mât, Deauville, 1948

Huile sur toile, signée en bas à gauche, signée, datée et titrée au revers, « Deauville 48 ».
41 x 33 cm

Provenance :
Galerie Charpentier, Paris (confié par l’artiste avant mars 1949 et au moins jusqu’à mai 1949)
Collection particulière, Paris
Collection particulière, France (par succession du précédent)

Expositions :
Van Dongen : œuvres de 1890 à 1948, Galerie Charpentier, Paris, mars-avril 1949, n°173.

Attestation d'inclusion au catalogue raisonné digital de l'artiste émise par le Wildenstein Plattner Institute.
 


À l’opposé du Van Dongen des portraits mondains, des étés frivoles de Deauville, qui commencent sur les planches et se poursuivent jusqu’au bout de la nuit, l’artiste propose dans cette toile, datée de la seconde moitié des années 1940, une vision plus méditative de son lieu de villégiature estival.

Structurant l’ensemble de la composition, un grand mât, légèrement décentré, s’élève dans le
ciel, détachant sa longue ligne verticale sur les nuages. Pas une âme à l’horizon. 
Van Dongen, ayant depuis longtemps abandonné les oripeaux du fauvisme, peint ici, à rebours de ses habitudes, un sujet balnéaire dépeuplé, une œuvre atmosphérique dénuée d’anecdote et débarrassée de toute tentation décorative.

Loin des courses de chevaux, des lieux de fête, des folles nuits de danse et de jeu que le peintre savoure; à mille lieues des pages glacées des magazines, où Van Dongen parade en peignoir chic sur les planches, cette petite toile impose son silence avec d’autant plus de force qu’elle est singulière dans la production de l’artiste.
Pavoisé du drapeau français, ce grand mât, formant une croix sur le ciel mouvementé, n’est pas sans accentuer la gravité de cette composition, toute en retenue chromatique. 
La matière picturale elle-même participe de cette tension : étirée, parfois presque suggérée, laissant affleurer la trame de la toile dans certaines zones, elle se fait au contraire plus dense et empâtée par endroits dans le ciel, introduisant de sensibles variations d’épaisseur.

Après une absence imposée par les événements de la Seconde Guerre mondiale, Van Dongen peut, à partir de 1947, retourner prendre ses quartiers au Normandy, cet hôtel mythique de la côte fleurie où il pose chaque été ses valises depuis 1919.

L’artiste avait découvert Deauville en 1913 et s’y était naturellement attaché :
« Au Havre, un armateur d’origine hollandaise désirait que je fasse son portrait. Je suis allé chez lui, j’ai brossé son portrait puis je suis allé me promener sur la côte, qui était très jolie,
à Honfleur, à Trouville. Deauville m’allait comme un gant. J’y retrouvais ma clientèle et ça
ressemblait à la Hollande. À cause de la lumière. »¹

En 1931, paraît le portfolio Deauville. Des aquarelles, que Van Dongen a exécutées dans les
années 1920, encadrent les textes de son ami Paul Poiret. Les créations du couturier sont
évidemment associées à l’émergence de Deauville comme station balnéaire mondaine.
L’élégance de Van Dongen, sa présence iconique, ont aussi marqué la cité normande et y ont laissé une empreinte durable. À l’été 2022, Les Franciscaines, nouveau lieu culturel de la ville,
lui consacraient une exposition : Deauville me va comme un gant.

¹ Van Dongen. Entretien avec Henri Perruchot, “Les Nouvelles littéraires, artistiques et scientifiques”, 7 août 1958