Kees
Van Dongen

(1877 - 1968)

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Parisiennes ou Le sentier de la vertu, circa 1910

Huile sur toile, signée en bas à gauche.
73 x 50 cm

Provenance :
Kees van Dongen, jusqu’en 1959 au moins
Vente Palais Galliera, Paris, 12 juin 1964, n°61
Galerie Paul Pétridès, Paris
Collection Jean Melas-Kyriazi, Lausanne
Collection particulière, Etats-Unis
Vente Christie’s Londres, 24 juin 2008, n°29
Collection particulière, Suisse (acquis à l’occasion de la précédente vente)

Expositions :
Van Dongen, Stedelijk Museum, Amsterdam, 18 décembre 1937-9 janvier 1938, n°85.
Van Dongen, 1877-1937, Stedelijk Van Abbemuseum, Eindhoven, 5 février-2 mars 1938,
reproduit au catalogue d’exposition en p.7 sous le n°54.
Van Dongen, Galerie Borghèse, Paris, octobre-novembre 1938, n°7 (sous le titre « Au bois de Boulogne (Le Sentier de la Vertu) »).
Van Dongen, Galerie Charpentier, Paris, novembre-décembre 1942, n°45.
Paris et ses peintres, Galerie Charpentier, Paris, 1944-45 (porte une étiquette de l’exposition au dos). 
Kees van Dongen, Genootschap Kunstliefde, Utrecht, 7-28 août 1949, n°8.
Europa 1907, Stedelijk Museum, Amsterdam, 6 juillet-30 septembre 1957, n°25.
Van Dongen, Galerie des Ponchettes, Nice, reproduit au catalogue d’exposition en p.25 sous le n°18.
Van Dongen, Musée National d’Art Moderne, Paris, 13 octobre-26 novembre 1967; Museum Boymans van Beuningen, Rotterdam, 8 décembre 1967 - 28 janvier 1968, n°61 (ill.) et illustrant aussi la couverture. 
Hommage à Van Dongen : Peintures et aquarelles fauves, Galerie Paul Vallotton, Lausanne,
9 - 18 septembre 1971, n°5.
Salon d’automne 1972 : Grandes oeuvres russes des collections françaises, Van Dongen, Villes nouvelles, 31 octobre-27 novembre 1972, reproduit au catalogue d’exposition en p.31 sous le n°12.
Van Dongen : 1877-1968, Musée de l’Athénée, Genève, 15 juillet-15 octobre 1976, n°4.

Bibliographie :
Louis Chaumeil, Van Dongen : l’homme et l’artiste - La vie et l’oeuvre, Pierre Cailler Editeur, Genève, 1967, reproduit en couleurs pl. IX p. 326.
Gaston Diehl, Van Dongen, Flammarion, Paris, 1968, reproduit en couleurs p.45.
Jean Melas Kyriazi, Van Dongen et le fauvisme, La Bibliothèque des Arts, Lausanne, 1971, pp. 100, 147 et reproduit en couleurs en p. 97, pl.39.
Michel Hoog, « Repères pour Van Dongen », Revue de l’art n°12, 1971, p.93 (fig.1).
Manuel Jover, « Van Dongen. Le dernier des Fauves », Beaux-Arts Magazine, hors série, non daté, reproduit en vignette en p.19.

Attestation d'inclusion au catalogue raisonné digital de l'artiste émise par le Wildenstein Plattner Institute.

 

Van Dongen est habituellement classé parmi les Fauves : il expose aux côtés du groupe dans la fameuse salle VII du Salon d’Automne de 1905. Associé à ce point de départ fédérateur du mouvement, il rejoint certes ses compagnons sur un usage audacieux de la couleur et de la forme, mais Van Dongen développe aussi une recherche plus existentielle, qui se manifeste à travers son obsession pour les figures, la plupart du temps féminines. Il est d’ailleurs le seul, parmi les Fauves, à s’être si peu intéressé au paysage.   

Dans un tableau comme celui que nous présentons, dont la datation oscille, selon les sources, entre 1906 et 1910, la couleur se fait expressive, dramatique, atteignant un point culminant d’intensité émotionnelle. Le paysage, en toile de fond, n’est qu’un rideau de théâtre qui, par sa densité quasi monochrome, déséquilibre l’ensemble de l’espace. La dimension décorative est tout à fait exclue et la tension dans l’usage des couleurs est particulièrement puissante, notamment par le jeu de complémentarités contrariées. La couleur ne circule pas librement dans la toile : des forces antagonistes sont à l’oeuvre et enferment les figures dans leur espace.   

Ce type de production a rapproché l’artiste du groupe Die Brücke, qui, outre-Rhin, ne partage pas  tout à fait les attributs des Fauves, bien que certaines caractéristiques soient communes aux deux mouvements. Tandis que les Fauves ont rapporté de leur voyage en terre méridionale une certaine idée d’harmonie baignée de lumière qui a éclairci leur palette, Van Dongen déploie une gamme volontairement inquiétante, ose les contrastes violents et les accords grinçants. Il y ajoute un art de la mise en place hérité des pratiques de l’illustration et de l’affiche.  

Ces deux figures, de profil, qui tournent vers nous leur visage fardé, le regard maquillé, captent immédiatement l’attention, à la manière tapageuse d’une réclame. Elles ne se départissent pas pour autant d’un certain mystère, rendant inaccessible au spectateur le chemin qu’elles empruntent. Ainsi naît le désir et toute la tension érotique portée par l’oeuvre, dans un ressort comparable à celui qui rendra, un peu plus tard, désirables les figures du grand écran ou, de  nos jours, celles qui défilent à toute allure sur les écrans de nos smartphones.   

Le Bois de Boulogne est un lieu particulièrement évocateur. Au temps où Van Dongen le peint, c’est Proust qui en décrit le mieux l’atmosphère dans La Recherche. Le narrateur y suit de loin Odette Swann, demi-mondaine, qui s’y promène avec ses amies. Lieu de passage pour être vu, véritable « salon » en plein air, l’arrivée en voiture à cheval comme la promenade obéissent à  un rituel codifié et hiérarchisé.  
D’autres oeuvres de l’artiste, à la même période, ont pour thème ce théâtre mondain et notamment Les cavaliers au bois de Boulogne, conservée au MuMa du Havre. Après avoir évoqué la vie des prostituées dans une série d’aquarelles parue dans L’Assiette au beurre en 1901 et avant de devenir le portraitiste mondain le plus célèbre de son temps, Van Dongen s’attarde sur les cocottes, qui fréquentent le monde sans en être tout à fait. Figures ambiguës de la séduction, leurs silhouettes parallèles et longilignes, leurs regards directs  et insistants, s’imposent au spectateur avec une intensité telle qu’elle ne se dissipe pas aisément, laissant derrière elle le sillage d’un parfum troublant.